2014
Le Devoir
La vie postsida
Le corps, ce vecteur de nos troubles et nos joies, porte aussi en lui les bouleversements que traversent nos sociétés. C’est sur ce terrain à double résonance qu’avance le chorégraphe français Thomas Lebrun dans Trois décennies d’amour cerné. Son postulat : le sida, mal du siècle, déborde le champ de la maladie et de la sexualité ; son spectre hante toute relation humaine.
C’est à l’âge de sept ans qu’il entend pour la première fois parler du sida à la radio. Le virus fait alors des ravages à San Francisco. Il se sent, déjà sans trop le savoir, un homosexuel condamné à mourir. « À l’époque, on n’était pas trop au courant, est-ce qu’on l’attrapait avec les moustiques, ou quoi ? C’était l’horreur », se souvient-il avec la pointe d’humour qui le caractérise. À 17-18 ans, il fréquente assidûment les discothèques, où il dit avoir assisté en quelque sorte « à l’arrivée de la maladie. On savait que c’était sexuellement transmissible, alors on a évolué, à travers notre enfance, notre adolescence et la découverte sexuelle, avec la hantise du sida. »
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